Articles

Focus métier

Sylvie Daïeff, responsable des soins de la clinique gérontopsychiatrique de Rochebrune évoque le métier d'infirmière en gérontopsychiatrie

Quelles différences notez-vous entre la pratique d'infirmière en gérontopsychiatrie et celle d'infirmière « classique » ?

Pour moi, il n'y a pas d'infirmière « classique », la richesse de cette fonction est justement de pouvoir exercer auprès de publics très différents, dans des lieux diversifiés, dans des services aux projets multiples et divers. En revanche, une infirmière va pouvoir développer des compétences spécifiques en fonction des lieux d'exercice qu'elle choisit et des personnes dont elle souhaite prendre soin.

En gérontopsychiatrie, l'infirmière va pouvoir investir pleinement le relationnel. Dans des services autres, elles se plaignent très souvent de ne pas avoir assez de temps pour investir cet aspect de leur fonction, alors que c'est bien souvent pour pouvoir aider les patients sur le plan relationnel qu'elles ont choisi de faire ce métier. Être à l'écoute, porter attention à l'autre, faire preuve d'empathie  sans être dans une relation contrainte vis-à-vis du temps, voilà une vraie différence apportée par la gérontopsychiatrie mais ce n'est pas la seule.

L'infirmière est très souvent écartelée entre son rôle sur prescription et son rôle propre, entre la vision « technicienne » et la vision « relationnelle ». Dans cette nouvelle discipline, l'infirmière peut investir autant le  champ technique que le champ relationnel. Il faut parfaitement bien réaliser les soins techniques pour qu'ils ne soient pas traumatisants pour une personne âgée, d'une part, et, d'autre part, les personnes âgées étant souvent poly-pathologiques, les infirmières peuvent  mobiliser l'étendue de leurs connaissances.

La dynamique de projet est ensuite un  point important. Le patient n'est pas uniquement là pour que nous lui dispensions des soins, il est présent pour que nous l'aidions à construire un projet, à se projeter au-delà du temps d'hospitalisation, à envisager un avenir qui soit pour lui  possible, même en étant  âgé.
C'est au travers de cette dynamique de projet que nous pouvons, en gérontopsychiatrie, donner un sens à nos gestes et actes quotidiens, et être satisfaits de notre travail quotidien.

En gérontopsychiatrie, les infirmières s'intéressent au patient, bien sûr, mais pas uniquement au travers de  la pathologie pour laquelle il est hospitalisé. Les soins revêtent  une dimension plus large : son histoire de vie, et quelle richesse à partager avec des personnes âgées ! Sa famille, les ressources dont il bénéficie ou non dans son lieu de vie habituel sont des éléments importants pour pouvoir construire un « après » hospitalisation cohérent. Prendre en charge des patients dans cette discipline est d'une très grande richesse sur le plan humain parce que nous allons vraiment à la rencontre de l'autre.

Dernier point, les infirmières ne sont jamais seules dans cette discipline. Tous les professionnels qui composent l'équipe, rééducateurs, psychiatres, gériatres, paramédicaux au sens large sont là pour aider à la réflexion, à la remise en cause, à la formation, à la progression. C'est un vrai travail en équipe pluri-professionnelle, exigeant mais riche et intense.

Quels sont, à votre avis, les atouts du travail d'infirmier au sein de cette discipline émergente ?

Pas d'atouts particuliers pour le travail infirmier dans cette discipline, je dirais tout simplement qu'il  faut « avoir envie », envie d'aller à la rencontre de l'autre, qui est âgé. Savoir entendre et écouter ce que ces personnes âgées ont à nous dire, savoir entendre et reconnaitre la ou les souffrances qui sont les leurs. Mobiliser ses connaissances et compétences, comme tous les professionnels devraient savoir le faire dans l'exercice de leurs missions. Avoir envie de travailler en équipe, de partager ses connaissances dans la limite de sa fonction, de  reconnaître l'autre dans ce qu'il peut apporter, de réfléchir et d'avancer ensemble.                                                         

Que souhaiteriez-vous dire à des professionnels de santé qui voudraient travailler au sein de la clinique gérontopsychiatrique de Rochebrune ?

C'est une grande chance qui nous est offerte de pouvoir vivre ce projet, nous allons vivre une très belle aventure, certainement pas simple tous les jours mais nous allons grandir et bâtir ensemble, c'est rare dans une carrière professionnelle. 
Au-delà des locaux neufs que nous allons investir, des matériels innovants que nous allons maîtriser, du projet d'établissement et de tous les autres projets que nous allons animer, nous allons pouvoir construire et réfléchir, en équipe, à une prise en charge innovante de la personne âgée. Nous allons pouvoir faire preuve d'un élément qui fait très souvent défaut dans nos pratiques professionnelles, la CRÉATIVITÉ, et cela c'est une très grande richesse.

/ Agence : LJCom